À bâtons rompus avec... Meredith Monk, ca novembre 1977 (92’)

Compositrice, chanteuse et danseuse, née en 1942, Meredith Monk est une figure majeure de la scène américaine contemporaine. Son œuvre composite explore à la fois la voix et le corps dansant et la situe aux frontières du théâtre, de la musique, de la chorégraphie et du cinéma.

Invitée par le Festival mondial du théâtre de Nancy, elle se produit en France pour la première fois en 1973 puis revient, l’année suivante, dans le cadre du Festival d’automne où elle est programmée pour sa pièce Paris aux côtés, notamment, d’Andy de Groat. C’est à cette occasion que Lise Brunel la rencontre en octobre 1974 lors d’une conférence organisée par le Centre culturel américain [1] [2].

L’occasion de la présente interview, en novembre 1977, est la participation de Meredith Monk au Festival Sigma de Bordeaux. Suivra - en janvier 1978 - un article de Lise Brunel pour la revue Les Saisons de la danse, dans une série intitulée : "Le corps en question". C’est en effet autour des modalités d’utilisation du corps par l’artiste - d’abord en comparaison des autres techniques classiques ou modernes - que démarre l’interview. A la question de Lise Brunel “comment fais tu pour faire différemment  ?”, Meredith Monk répond simplement : “Je veux voir seulement le mouvement humain, les petits gestes de tous les jours, employer toute la palette du mouvement.”

La conversation traite ensuite des liens entre corps et esprit. Meredith Monk regrette que le monde judéo-chrétien ait créée cette dichotomie entre l’âme et le corps. Pour elle, “on doit retrouver la vie comme unité”, et c’est ce qu’elle s’efforce de faire en tant qu’artiste : “Quand je danse - déclare-t-elle -, je chante à l’intérieur et inversement, c’est une énergie employée de différentes façons.”

Puis il est question de la transmission et de la filiation. Persuadée que le corps garde une mémoire des ancêtres , Meredith Monk aborde son histoire familiale [3] qui affleure dans sa pièce Paris (1973). Fruit de l’imaginaire collectif de Meredith Monk et du producteur de film Ping Chong, la pièce est, pour la chorégraphe, une sorte d’”hommage aux immigrés” qui s’inspire du mythe de Paris et des photographies Eugène Atget.

L’entretien continue avec l’évocation du parcours de la chorégraphe, notamment sa formation au Sarah Lawrence College à New York où elle est diplômée en 1964. Vient enfin la question de la représentation du genre dans ses chorégraphies, notamment Education of the Girlchild (1973) ou Paris/Venice-Milan/Chacon (1976).

L’entretien se conclut sur la question l’abstraction du mouvement : “Comment ressens-tu cette différence entre cette abstraction et la méditation au niveau du corps   ?” demande Lise Brunel. “Est ce que la danse est une méditation pour toi  ?” Meredith Monk explique alors qu’elle croit profondément au pouvoir du corps, ce corps que la société nous invite à oublier pour travailler, pour produire, un thème qui imprégnera son œuvre tout au long de sa carrière.

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Meredith Monk - "Paris" - Festival d’Automne à Paris ; Musée Galliera (Paris) - 19 octobre 1974 / Fonds Gilles Hattenberger – Médiathèque du CN D


[1Enregistrement sonore : [Rencontre publique avec Meredith Monk au Centre culturel américain, ca octobre 1974], Fonds Lise Brunel – Médiathèque du CN D

[2Meredih Monk est également programmée en 1975 au Festival d’automne pour Education of the Girlchild

[3Au début du XXe siècle, ses grands-parents ont émigrés aux États-Unis pour fuir les pogroms antisémites en Russie