À bâtons rompus avec... Odile Duboc, ca novembre 1994 (66’)

Du début des années 1980 au milieu des années 1990, Lise Brunel a suivi avec une attention particulière la carrière d’Odile Duboc (1941-2010) [1]. Présente au festival Danse à Aix, La journaliste y découvre en 1979 la chorégraphe dans ses interventions de rue qui la feront connaitre au public. C’est en effet à Aix-en-Provence que l’artiste, Issue d’une formation en danse classique, démarre son parcours chorégraphique, y ouvrant une école dès 1972, les Ateliers de la danse, où elle enseigne jusqu’en 1983 avant de fonder, à Paris, la compagnie Contre Jour avec la complicité de la conceptrice lumières Françoise Michel. Lise Brunel assistera à bon nombre de leurs créations communes : Une heure d’antenne (1985), Nuit hexoise (1986), Détails graphiques (1987), Insurrection (1989), Villanelles et La valse (1990), Retours de scène (1992) [2], Projet de la matière (1993).

Essentiellement centré sur la pièce Brins d’histoires qu’Odile Duboc crée à la Ferme du Buisson en mars 1995, le présent entretien, qui date probablement de novembre 1994 [3], est le document le plus récent concernant la chorégraphe dont nous ayons trace dans les archives de Lise Brunel. Il donnera lieu à un article dans Aventures - le journal de la Ferme du Buisson - en février 1995 [4]. L’interview intervient à un moment charnière dans la carrière d’Odile Duboc, devenue, en 1990, directrice artistique du Centre chorégraphique national de Franche-Comté et dont la compagnie Contre jour vient de fêter ses dix ans.

La conversation démarre autour de la question de la composition des œuvres, notamment dans Pour mémoire (1993) et Brins d’histoires (1995). “Ces deux pièces, déclare-t-elle, sont totalement différentes. Pour mémoire c’est dix années de création pas dans le sens de spectacles mais dans celui de dix années de mémoire de la danse, de ma propre mémoire, celle qui a intéressé et intéresse mon corps dans l’espace [5].” Comme elle l’explique encore, Pour mémoire se nourrit du répertoire de la compagnie en puisant ici et là dans des pièces plus anciennes [6]. Odile Duboc évoque ensuite Brins d’histoires qui rassemble trois pièces courtes : Juste un brin (1994) - “Juste un brin de danse, un brin de musique précise-t-elle” -, Folies douces (1994) et Avanti (1995) créee pour l’inauguration des nouveaux locaux du CCN de Belfort [7].

Lise Brunel questionne ensuite Odile Duboc sur sa formation en danse classique à Aix-en-Provence. La chorégraphe, qui n’avait, à l’époque, aucun accès à la danse moderne, avoue n’avoir “jamais pris de cours ou très peu” et avoir été “la pire des paresseuses”. Elle se souvient néanmoins avoir découvert le goût de la scène à l’occasion de petits rôles dans des opérettes présentées dans le cadre du Festival International d’Art Lyrique de la ville.

Vient ensuite l’évocation de la pièce Folies douces, créée pour l’association Danse au coeur [8] à Chartres en 1994. Lise Brunel interroge Odile Duboc sur son processus de composition et sa façon de travailler avec les danseurs. Pour l’artiste, l’écoute intérieure et le respect des sensations physiques demeurent primordiales pour un interprète. “Les soli partent des danseurs”, déclare-t-elle, et certaines pièces comme Folies douces sont construites autour de la personnalité des interprètes comme par exemple ici Boris Charmatz.

Les deux femmes abordent ensuite le sujet de la reprise des œuvres chorégraphiques et se montrent assez dubitatives sur le remontage du Saut de l’ange de Dominique Bagouet que vient de donner, en octobre 1994, le Ballet Atlantique de Régine Chopinot à la Rochelle [9].

A la fin de l’entretien, Odile Duboc revient sur la construction du spectacle Brins d’histoires à la Ferme du Buisson puis évoque l’inauguration imminente des nouveaux locaux du CCN de Belfort. L’interview se conclut sur l’évocation de la prochaine création de la chorégraphe : Trois boléros (1996).

Le Fonds Odile Duboc a été déposé à la Médiathèque du CND.

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Feuille de salle du Centre Georges Pompidou (Paris) (31 mars- 2 avril 1995) / Fonds Odile Duboc – Médiathèque du CN D


[1Les archives de Lise Brunel compte 32 articles et deux enregistrements sonores concernant Odile Duboc, datés de 1979 à 1994

[2Voir l’enregistrement sonore de l’entretien de Lise Brunel avec Odile Duboc à l’Opéra de Paris, réalisé en 1992 autour de Retours de scène - Fonds Lise Brunel - Médiathèque du CND

[3Lise Brunel, "Odile Duboc - Entretien" in Feuille de salle de la Ferme du Buisson, 18 mars 1995 - Fonds Jean-Marie Gourreau – Médiathèque du CN D

[4Lise Brunel, " Brins d’histoires, " in Aventures, n.11, février-juin 1995, p.14-15

[5Lise Brunel, " Brins d’histoires, " in Aventures, n.11, février-juin 1995, p.15

[6Il s’agit notamment des pièces suivantes : La maison d’Espagne, Il est huit heures moins quatre exactement, Une heure d’antenne ou encore Avis de vent d’ouest, force 5 à 6

[7D’abord installé dans "la galerie Contre jour" à Belfort, le Centre chorégraphique national de Franche-Comté s’installe en septembre 1995 dans l’ancienne Caserne de l’Espérance entièrement réhabilitée

[8Le fonds de l’association a été déposé à la Médiathèque du CND