Cécile Proust, parcours d’une danseuse féministe

Danseuse, Cécile Proust a collaboré comme interprète avec de nombreux chorégraphes contemporains (Quentin Rouiller, Odile Duboc, Daniel Larrieu, Jean-Pierre Perreault, Alain Buffard…) ou encore avec le Quatuor Albrecht Knust. Parallèlement, elle a voyagé, dès les années 80, pour rencontrer et pratiquer d’autres danses comme les danses de strip-tease, le flamenco en Espagne, le kathak en Inde du nord, la danse orientale en Egypte ou le Jiuta-Maï (danse traditionnelle des geishas) à Kyoto.
Ces pratiques qu’elle croise avec des danses contemporaines occidentales, des pensées théoriques et des supports critiques l’ont amenée à interroger les constructions des corps, les fabriques des genres et les rôles sexués. Ancrées dans son histoire personnelle, artistique et politique, ces questions vont progressivement être travaillées par Cécile Proust dans des œuvres et créations à travers lesquelles elle va interroger la place des femmes dans l’art et dans nos sociétés.

Choisie pour concevoir une des «  roues du passage de l’an 2000  » sur les Champs-Élysées à Paris, elle créé avec Jacques Hœpffner une œuvre vidéo-chorégraphique qui interroge autant les gestes de femmes dans de nombreux pays que leurs engagements politiques.
En 2002, elle crée «  Alors, heureuse  ?  », une œuvre multiforme qui interroge la sexualité vue du côté des femmes.
A compter de 2004, Cécile Proust initie un vaste projet à dimension à la fois anthropologique et artistique intitulé femmeuses. Ce projet, ambitieux et pluriel, mêlant création et théorie, se nourrit des interactions entre les pensées féministes, postcoloniales, queer et la postmodernité en art. Il interroge les liens entre ces théories et la danse, la performance et les arts plastiques.

  • Découvrir la «  Roue  » imaginée par Cécile Proust pour le passage à l’an 2000  : vidéo à partir de l’évènement «  Des gestes de femmes pour l’an 2000   ?  », présenté la nuit du 31 décembre 1999, sur les Champs Elysées à Paris

Dans Femmeuses, Cécile Proust s’intéresse à la façon dont de nombreuses formes d’art et mouvements artistiques comme le pop art, la Judson Church, l’art conceptuel, le minimalisme, la photo, le cinéma expérimental, le body art, ont croisé des questions soulevées par les mouvements sociaux et politiques liés à la contestation de la guerre du Vietnam, au féminisme de la deuxième vague et aux mouvements politiques apparus durant cette période dans les centres urbains de la plupart des pays occidentaux.
Ces mouvements artistiques et politiques s’influencèrent et s’enrichirent mutuellement, avec des partis pris également liés à l’émergence dès 1970 d’un nouveau champ de recherches dans les universités américaines, celui des études dites féministes qui précèderont et seront prolongées par les genderstudies, postcolonial studies et queerstudies. Cécile Proust rejoint la conviction de nombreux auteurs et autrices pour qui il est clair que les femmes sont loin d’être le sujet unique du féminisme mais que cette pensée fondatrice de la critique de l’ordre sexuel permet de réfléchir à la production des différences de genre, de classe, de race et de sexualité, et qu’on peut s’appuyer sur ces théories pour analyser les systèmes d’autorité et de domination bien au-delà de celui des genres.

Convaincue au début des années 2000 qu’il est urgent que la France se confronte enfin à ces questions, Cécile Proust entend mettre en œuvre artistiquement avec le projet femmeuses à la fois une recherche historique et théorique nourrie d’œuvres plastiques, de textes critiques, de vidéos d’artistes, de films, d’entretiens et de documents iconographiques, et des réalisations artistiques prenant la forme de femmeusesactions. 26 femmeusesactions vont voir le jour, consistant aussi bien en spectacles, conférences, performances, que sous forme de vidéos, entretiens, installations, programmations de spectacles, commissariat d’expositions, programmes pédagogiques. Et ce, en solo ou, à l’inverse, en interaction avec d’autres artistes (danse, performance, art visuel) ainsi que des théoriciens et théoriciennes de divers champs (sociologie, recherche en danse, épistémologie, linguistique, histoire, géographie, philosophie).

Ces recherches, confrontations et créations artistiques multiples, ont alimenté diverses réflexions sur les systèmes de validation, d’exclusions et de rapports de force, qui se sont prolongées à travers d’autres actions, comme les femmeuses en ville ou les femmeusesposturalE, lesquelles préfigureront le cycle Ethnoscape développé depuis 2015, et le projet international Migrant Bodies qui questionnera les politiques internationales en matière de migrations humaines.

Ce dossier, centré autour du projet femmeuses et ses prolongements, présente un ensemble de ressources issues du fonds d’archives de Cécile Proust et Jacques Hœpffner déposé à la médiathèque du CND, permettant de découvrir et/ou revoir plusieurs des femmeusesactions [Lien sur section du dossier] proposées depuis 2004 et des vidéos issues des différents projets de femmeuses en ville [Lien sur section du dossier] et femmeusesposturalE [Lien sur section du dossier] autour de 2013.
Il donne aussi accès à des textes écrits par l’artiste [Lien sur section du dossier] à la demande du CND en 2007-2009 alors qu’elle développait tout un versant de femmeuses dans ses murs, et qui éclairent les préoccupations de l’artiste à l’époque et son inscription dans une certaine histoire des performances féministes.
On pourra aussi écouter ici des entretiens inédits [Lien sur section du dossier] qu’elle a conduit alors avec des danseuses et chorégraphes dont elle se sentait proche.