Composition en temps réel

João Fiadeiro (né en 1965) est âgé de 23 ans lorsqu’il découvre les méthodes d’improvisation des chorégraphes post-modernes américains. Formé à la danse au sein du Ballet Gulbenkian à Lisbonne, au début des années 1980, il n’est nullement familiarisé avec les techniques d’improvisation, hormis à travers des cours de danse-jazz. En 1988, une bourse d’études aux Etats-Unis l’amène à suivre les cours d’été du Jacob’s Pillow. Dans ce cadre, il est initié à l’improvisation structurée de Trisha Brown ainsi qu’à la contact-improvisation de Steve Paxton. Ces deux expériences se révèlent déterminantes pour l’aspirant-chorégraphe. A l’occasion de nombreux séjours à New York et Berlin, Fiadeiro approfondit et diversifie par la suite sa pratique de l’improvisation. João Fiadeiro est également impressionné par les recherches de Wim Vandekeybus. Ce chorégraphe belge, né en 1963, est marqué, lui aussi, par la contact-improvisation dont il propose une relecture d’une physicalité extrême.

João Fiadeiro : De la composition en temps réel / stage réalisé en 2004

Stage animé par João Fiadeiro

Composition en temps réel : capter l’émergence du réel

Les différentes approches de l’improvisation que João Fiadeiro rencontre lors de ses années de formation entrent en résonance avec ses préoccupations. La recherche d’une forme de spectacle qui s’inventerait au moment même où elle a lieu, c’est-à-dire en temps réel (au lieu de « re-présenter » en temps différé) devient, dès la fin des années 1980, l’axe majeur de son travail. Depuis lors, toutes les oeuvres du chorégraphe, mais aussi les ateliers pédagogiques qu’il anime à partir de 1997, sont traversés par la question suivante : comment, en tant que « performer », préserver - ou engendrer - cette « qualité de " réalité", de "vérité", de "crédibilité" qu’ont un moment, un geste, une parole quand ils se produisent pour la première fois ? »( J. Fiadeiro, D.-A. Guéniot, La Danse en solo, 2002, p. 117). On est alors en présence d’un « fragment de réel », d’un moment de « pur présent », impossible à reproduire ou à fixer. Elaborée au fil des années - notamment à travers une recherche menée en solo -, la méthode de « composition en temps réel » propose une technique pour mettre en oeuvre et capter cette émergence du réel, aussi bien dans les conditions d’un travail d’atelier qu’à la scène.

« Une matrice à produire de la réalité » : partager la paternité du spectacle

Appliquée à la production d’un spectacle, la méthode de composition en temps réel accorde une grande responsabilité à l’interprète. Rôdé à la méthode au fil d’ateliers préparatoires s’étalant sur plusieurs mois, chaque performer doit être en mesure de gérer les différents moments de l’action qu’il improvise, en résonance avec la situation collective en train de se construire. Dans les conditions de la représentation, la méthode agit comme une « matrice à produire de la réalité », un dispositif permettant d’engendrer des situations imprévisibles, dans le cadre d’une trame dramaturgique simple, mais préétablie.

A la scène, Fiadeiro se réserve la possibilité de réagir lui-même à la situation collective. Ses interventions en direct peuvent viser à souligner l’action d’un performer, par exemple en cernant l’espace où elle se déroule à l’aide d’un ruban adhésif, ou en la redoublant grâce à un enregistrement vidéo. Il peut aussi la faire bifurquer en dotant un interprète d’un accessoire qui transforme la forme et le sens de son geste et entraîne un sillage d’associations imaginaires. Manipulés en direct également, les sons (musiques, voix...) introduisent à leur tour des effets de décalage ou d’intensification.

Quant au spectateur, il lui incombe la tâche essentielle de fabriquer du sens avec ce qu’il voit. Nulle signification univoque et arrêtée ne peut en effet être véhiculée dans un spectacle composé en temps réel, puisqu’il se ré-agence constamment sur le vif, présentation après présentation. Dans la vision de Fiadeiro, performer, chorégraphe et spectateur co-créent sans cesse le sens de la représentation. Cette responsabilité partagée est l’une des implications politiques et philosophiques les plus importantes, aux yeux du chorégraphe, de la méthode de composition en temps réel. [1]

Générique

  • direction João Fiadeiro
  • assistant Tiago Guedes
  • méthodologie Joris Lacoste, Jeanne Revel
  • artistes invités Azrnold Haberl (son), Claudia Dias, Marcia Lança (interprètes)
  • stagiaires Cécilia Bengolea, Giuseppe Chico, Stéphane Couturas, Florent Delval, Vincent Druguet, Yves Heck, Kotomo Nishiwaki, Caroline Odoz, Sophie Quénon, David Wampach
  • entretien mené par Annie Suquet
  • réalisation Centre national de la danse
  • durée 38 minutes

Voir en ligne : http://thot.cnd.fr/article.php++cs_INTERRO++idfiche=/content/theme/1149585797483.xml