Introduction

« J’ai très vite senti, quand j’ai voulu écrire, qu’il y avait un combat à mener pour faire admettre la danse moderne, je ne voulais pas faire de critique de danse, ça ne m’intéressait pas, mais je voulais aider la danse moderne. » C’est ainsi que Lise Brunel (1922-2011) confie, à la fin des années 1990, à Marilén Iglesias-Breuker ce qui l’a profondément animée tout au long de sa carrière en tant que journaliste et écrivaine spécialisée en danse : un amour démesuré de l’art chorégraphique qui l’a poussée à écrire « par empathie », selon les mots de Jean-Marc Adolphe [1].
Cette empathie lui a permis d’accompagner de nombreux artistes chorégraphiques avec lesquels elle a conduit de longs et souvent très riches entretiens. Ces interviews enregistrées – plus de 300 heures en grande partie numérisées – étaient pour Lise Brunel la matière première préalable à l’écriture des quelque 1500 articles dont elle a été l’auteure, destinés à la presse généraliste et culturelle (Les Lettres françaises, Chroniques de l’art vivant, Le Matin de Paris, Politis…), ou plus spécialisée (Danse et rythmes, Les Saisons de la danse, Théâtre public…) de la fin des années 1960 à la fin des années 1990. Ils sont une part importante des archives que les enfants de la journaliste ont confiées au CN D.
La relation intime à la danse de Lise Brunel, née de sa propre expérience de danseuse auprès de Ludolf Schild, lui permet d’installer une véritable « relation de confiance et de bienveillance » [2] avec les chorégraphes dont elle recueille la parole). Non destinées à être diffusées, ces interviews, qui relèvent de l’« oralité informelle », laissent déjà entrevoir la forme de l’article qui naitra du dialogue entre la journaliste et l’artiste interrogé [3]. Qu’elle interroge les pionniers de la danse moderne, les artistes de la post modern dance, ou bien encore les figures de la « Nouvelle danse française », Lise Brunel se révèle à travers ces riches archives sonores exactement comme elle a été perçue de son vivant : une figure militante de la danse, témoin privilégiée de l’époque charnière où naît et se déploie la danse contemporaine.