L’épopée hip hop

« Le rôle du Théâtre contemporain de la danse est de présenter le travail des chorégraphes d’aujourd’hui suivant des critères et dans un cadre strictement professionnels. » (C. Tamet., dossier Mouv’). De fait, que ce soit en matière de formation, de production ou de diffusion, le TCD va fortement s’engager, à partir de 1991, en faveur des artistes – danseurs et chorégraphes – hip-hopeurs. Et c’est toute une longue étude spécifique qui pourrait être consacrée à cet investissement très privilégié de l’association en faveur de la maturation professionnelle et artistique du secteur hip hop dans le paysage chorégraphique hexagonal, selon un modèle de passerelles jetées entre ce secteur nouveau et celui, déjà bien plus structuré et inséré d’un point de vue socioculturel, de la danse contemporaine.
La première traduction manifeste de cet engagement est l’apparition du spectacle Mouv’Danse à l’Opéra-Comique en février 1992, réunissant les compagnies de David Valentine (Art Zone), Christine Coudun (Black Blanc Beur), et Nathalie Brun (Macadam). Deux ans plus tard (en avril 1994 à l’American Center puis à l’automne à la MAC de Créteil), cette fois attribué au Collectif Mouv’, le relais est pris par Sobedo, conte hip-hop.
Le caractère événementiel de ces programmations tient à la nouveauté des techniques et styles de danse, inusités dans les réseaux contemporains, mais aussi à la valeur prototypique des processus de production : « Le hip hop a une valeur artistique pour lui-même, on décide donc de le traiter de la même manière que Philippe Decouflé. On a recruté les effectifs de Sobedo sur des critères artistiques, on leur a proposé des formations de capoeira, ou avec Pierre Doussaint et Josef Nadj, d’acrobatie aussi. Cela a donné deux mois de stages d’été, vingt danseurs de quatre compagnies ont touché des droits d’auteur, joué vingt dates, accédé au statut de l’intermittence, et nous les connectons pour d’autres dates en France » rapporte, en 2014, Christian Tamet.

La production directe par le TCD, en avril 1996, des premières « Rencontres nationales de danses urbaines » de La Villette (manifestation ensuite reprise en nom propre par cet établissement), puis l’organisation d’une réplique en partenariat avec la MAC de Créteil en avril 1997, jalonneront un parcours abondamment relayé par les medias. Il se traduit aussi, plus discrètement, par une offre consistante de programmation plus régulière en saison, également au studio (sans parler de l’accompagnement des compagnies en répétition).
Au total 42 noms de collectifs, groupes et compagnies, ou de chorégraphes individuels, apparaissent dans des programmes conçus ou inspirés par le TCD au fil de ses huit dernières années d’existence.

Gérard Mayen

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À lire
Chronique d’une ouverture par Christian Tamet et Isabelle Galloni d’Istria, extrait de Le hip hop danse, de la rue à la scène paru dans la revue "Rue des Usines" n°32/33, hiver 1996