Le regard du spectateur

Au-delà de la sociabilité propre à une sortie à l’Opéra, l’amateur de ballet se rend bien souvent au théâtre pour admirer tel ou tel danseur, plus que pour découvrir un chorégraphe. Comment définir ce désir et de plaisir d’une variation dans la conformité d’un lieu partagé  ? Il y a évidemment l’implication kinesthésique du spectateur et l’émotion que peut susciter le baller. Mais pour que l’attente soit satisfaite, il faut aussi une part vitale, d’inattendu, de surprise. Le cinéaste Dominique Delouche décrit précisément la nature de cette attente de l’amateur de ballet  : «  On connaît les pas par cœur, on se demande comment la danseuse va les faire, est-ce qu’elle va faire mieux qu’avant ou moins bien, il y a donc cette espèce de suspens extraordinaire […] à observer, cette fragilité de composition10.  » La question n’est pas de savoir si un ballet est important mais d’en apprécier la singularité parmi d’autres qui lui ressemblent.

Le public amateur détient ainsi une connaissance «  infuse et réactive  » d’un ballet (de sa fable, de sa structure, de ses décors et de sa musique). Il a gardé en mémoire les qualités des interprétations passées et sait ce que l’on peut attendre ce jour-là de ce(tte) danseur(se) particulier(ère), selon son degré de célébrité, sa formation, son origine géographique, le fait qu’il (elle) débute ou non dans le rôle, ses tendances ou habiletés particulières, il connaît les événements de sa vie qui peuvent influer sur son interprétation. C’est ainsi que sont comparées les performances, qu’est acceptée ou non telle inflexion qui s’imposera si elle est particulièrement prisée, puis qui s’usera. Lorsque le contenu expressif et chorégraphique diffère très largement de ce qui était connu jusqu’alors, c’est la cohérence vis-à-vis du cadre qui permet de dire s’il s’agit toujours bien, par exemple, de Giselle. Aussi la connivence entre les danseurs et le public rend-elle plus ou moins possible et féconde la poétique de la variation.

Pour que le dispositif classique du ballet soit fécond, il importe donc qu’aucune interprétation ne puisse être tenue pour la seule version autorisée et légitime, car elle viendrait alors clore la carrière performative du ballet. Et si l’étoile vise une interprétation irremplaçable et inoubliable qui viendrait effacer toutes les autres, elle sait aussi que sa renommée dépend des étoiles qui viendront à sa suite et qu’elle appelle de ses vœux pour être en mesure de s’inscrire dans une illustre tradition. Dans cette perspective, la vitalité mémorielle du dispositif classique repose sur une admiration capable d’engendrer le désir de produire de nouvelles variations. Le devenir d’un ballet tient donc à la multiplicité des variations générées par ses multiples interprétations, et parfois aux diverses lectures critiques qu’elle engendre. Aussi y a-t-il peu de points fixes dans cette économie. Le ballet accepte sa propre relativité, s’indexant au contexte, aux diverses conditions techniques, aux capacités des danseurs, à la relation entre danseur et chorégraphe, à l’attente du public, et c’est sous ces conditions de variation qu’il peut se (re)produire, se diffuser sur les scènes de toutes les grandes capitales.

CD / Exploitation des Albums Jacq

Notice de présentation du catalogue (à compléter/étoffer) :

Ce fonds est constitué de la collection réunie par les balletomanes Françoise et Georges Jacq, et couvre principalement la période du début des années 1970 à la fin des années 1980. Divers documents (affiches, négatifs, tirages, programmes ?) complètent une série centrale de 202 albums régulièrement dédicacés, alimentés de tirages personnels et professionnels, articles et images découpés dans la presse et les programmes, illustrant les productions du Ballet de l’Opéra de Paris et leurs interprétations, mais aussi celles du Kirov et du Bolchoï. Parmi les plus représentées on retiendra « Giselle », « La Belle au bois dormant », « La Fille mal gardée », « Coppélia », « Le Lac des cygnes », « La Sylphide », « Cendrillon », « Roméo et Juliette » mais encore « Spartacus » et « Ivan Le Terrible ». Les oeuvres du Ballet du XXe siècle de Maurice Béjart et des Ballets Roland Petit y sont également documentées de façon suivie.

PEUT-ÊTRE ENVISAGER LES CARNETS DE GILBERTE COURNAND QUI COUCHENT DES APPRECIATIONS DES ŒUVRES OU RECHERCHER DES PASSAGES Où ELLE LIVRE SES IMPRESSIONS SUR DES VARIATIONS ?

SINON CF TAGLIONI dans l’expo spectateurs (voir livret expo) P ; 17 ,

OU cf LETTRE A MF AVELINE (voir livret expo) P. 21 « J’AI DONC RETROUVé RUDOLPH DANS APOLLON MUSAGETE … »