Présentation

Qu’est-ce que la danse néo-classique ? « Du contemporain qui lève les jambes » ? Une technique classique libérée ? Modernisée ? Cette journée d’étude a eu pour objectif de questionner l’histoire, les usages et la pertinence esthétique du terme « néo-classique » en danse, comme sa place au sein de la recherche actuelle. La démarche de chorégraphes, observée au travers de présentations et de témoignages, a permis d’interroger le sens et les résonances du mot « néo-classique » dans le champ chorégraphique français et international depuis 1945.

Cette journée s’inscrit dans un mouvement d’essor des travaux portant sur la danse classique et néo-classique au sein de la recherche universitaire , mais aussi dans un moment où les acteurs de la danse classique gagnent en reconnaissance institutionnelle et universitaire [1]. Peut-être ces phénomènes témoignent-ils d’une détente historiographique dans ce que l’on a pu appeler la « querelle des anciens et des modernes » en danse, ou d’un apaisement axiologique, alors que les lignes de partage entre classiques et contemporains seraient de plus en plus perméables. C’est ce que suggère par exemple Geisha Fontaine à l’entrée « Néoclassique » de ses 100 mots de la danse, un ouvrage publié en 2018 dans la collection « Que sais-je ? » : « les oppositions entre anciens et modernes s’adoucissant, chaque style a désormais sa place [2] ». Cet « adoucissement » de la confrontation entre « anciens » et « modernes », entre classiques et contemporains, nous semble du moins être une piste à interroger.

L’intitulé choisi pour cette journée, « Du tutu à l’académique, de la posture classique à la revendication néo-classique ? », est sciemment formulé comme une interrogation, car toute une série de questions se posent au seuil de ce sujet de réflexion.

Au plan esthétique tout d’abord, quelle serait la spécificité esthétique du néo-classique, notamment par rapport au classique ? Réside-t-elle seulement dans l’accessoire, ou bien aussi dans une technique et dans une recherche esthétique particulières ? Comment les classiques entrent-ils dans la modernité, ou encore comment s’en emparent-ils ? Cela pose alors la question des modes d’hybridation entre classiques, modernes et contemporains en danse : doit-on parler d’assimilation, d’appropriation, de recyclage, de métissage ?

Au plan historique et politique ensuite, quels sont les enjeux politiques et institutionnels de l’emploi de cette notion ? Le terme néo-classique, qui a pu être une étiquette employée pour stigmatiser ses cibles, serait-il à un moment donné devenu une revendication chez certains chorégraphes ? La notion est-elle aux prises avec une forme de militantisme artistique ? Que dit-elle en outre d’un possible questionnement vis-à-vis de l’héritage ou de la tradition classique ?

Au plan médiatique, encore, est-ce que le terme néo-classique est employé uniformément par la presse et les acteurs du milieu (danseurs, chorégraphes, artistes, institutions) ? Est-il avant tout employé en France ou bien a-t-il aussi une pertinence ailleurs, en Europe, aux États-Unis ?
Enfin, la question du néo-classique se pose aussi au plan pédagogique, quant à l’articulation entre la classe et la scène, entre l’enseignement et la création chorégraphique, qui nous semblent des moments de passage où toute une recherche reste encore à développer.

Voici donc quelques-uns des enjeux que soulève ce terme et que nous nous sommes efforcés d’aborder, éclairés par les communications des différents invités. Cette première journée d’étude permit de poser quelques jalons et d’ouvrir des pistes qui seraient à approfondir, alors que vient de paraître un ouvrage de Mark Franko [3] retraçant l’émergence du néo-classicisme dans les années 1920-1930 et ses enjeux esthético-politiques, tout particulièrement autour de la figure de Serge Lifar.

Nous présentons dans ce dossier en ligne les ressources issues de cette journée de réflexion : trois articles scientifiques à lire (consultez le travail de Florence Poudru, Gianfranco Vinay et Patrizia Veroli), la présentation d’un fonds récemment déposé au CND (consultez l’article de Sylvie Jacq-Mioche), et deux documents sonores à revivre (écoutez la table-ronde des danseurs du Groupe de recherches chorégraphiques de l’Opéra de Paris et l’intervention scénarisée de Thierry Malandain à partir de son propre travail artistique). Que tou·te·s nos invité·e·s soient ici chaleureusement remercié·e·s pour leur contribution à cette journée, et à ce dossier.

Laetitia Basselier, Stéphanie Goncalves,
Lucile Goupillon, Camille Riquier Wautier.




Laetitia Basselier...

Stéphanie Gonçalves est historienne. Experte invitée à l’Université libre de Bruxelles (ULB), enseignante vacataire au Conservatoire d’Anvers et à la Faculté catholique d’Angers, elle a soutenu en 2015 une thèse portant sur la diplomatie culturelle du ballet pendant la Guerre froide à l’ULB (Danser pendant la guerre froide, 1945-1968, Presses universitaires de Rennes, septembre 2018). Elle est spécialiste du lien entre danse et politique au XXe siècle et s’intéresse en particulier aux circulations transnationales des danseurs, notamment les danseurs soviétiques. Son dernier projet de recherches soutenu par le Fonds national de la recherche scientifique (2016-2020) a porté sur Maurice Béjart.

Lucile Goupillon...

Camille Riquier Wautier a consacré sa thèse de doctorat aux ballets littéraires des chorégraphes néo-classiques, et notamment au travail mené par Roland Petit et John Neumeier à partir de leurs lectures. Ancienne élève de l’École normale supérieure de Lyon, agrégée de Lettres modernes depuis 2013, elle a été chargée de recherches documentaires à la Bibliothèque-musée de l’Opéra Garnier (Bibliothèque nationale de France) et chargée de cours à l’université de Strasbourg entre 2016 et 2020.