Présentation

En février 1987, Dominique Brunet et Bertrand Lombard participent avec la compagnie Astrakan de Daniel Larrieu, à un programme de solos et de duos présenté aux Gémeaux (Sceaux), qui fera naître l’idée de fonder une « compagnie d’interprètes ». Quelques années plus tard, en 1992, Dominique Brunet approfondit son intuition dans la publication des Cahiers du Renard dédiée aux « Interprètes-Inventeurs » : « Il y actuellement une fuite en avant, on n’a pas le temps de réfléchir, de retravailler une pièce parce qu’il faut toujours faire du neuf… Il faudrait forger un répertoire, que les interprètes soient reconnus au même titre que les acteurs, les comédiens. Il y a un travail à faire, et je crois que c’est par nous, interprètes, qu’il se fera. » (D. Brunet in Andrée Penot, Cahiers du renard, n°11-12, 1992, p. 110).

En 1993, Bertrand Lombard et Dominique Brunet fondent ainsi ensemble "La Ronde, compagnie d’interprètes" en réponse à cette envie et leurs questionnements d’interprètes, déployée autour de ce manifeste :

«   Nous discutons depuis longtemps de manière informelle de notre travail d’interprète et de nos désirs, de nos manques, des recherches que nous aimerions mener plus loin, ailleurs.
Nous avons imaginé un cadre pour concrétiser cela.
Prenons pour commencer, quelques danseurs interprètes aux affinités artistiques communes.
Regroupons-les en une équipe indépendante à géométrie variable, solidement structurée.
Faisons-leur choisir des chorégraphes ou metteur en scène.
Ainsi réunis ils sollicitent, génèrent et stimulent diverses situations de travail, diverses formes de réflexion, autres que celles déjà vécues au cours de ces dernières années.  » Extrait du document de présentation générale de la compagnie, [1993].

Mais cette envie se concrétise aussi, comme le rappellera la journaliste Dominique Frétard a posteriori (1995), en fidélité à une conviction chère à leur ami commun, le critique Patrick Bossatti, qui s’est donné la mort quelques mois auparavant. Présenté comme « responsable des soirées d’interprètes en France depuis 1985 » (source Cahier du renard, n° 11-12, 1992) et auteur du projet « Pour une nouvelle interprétation » au Festival Montpellier Danse de 1991, celui-ci incarna la figure de proue de ce mouvement œuvrant à la reconnaissance du rôle des interprètes dans la création chorégraphique contemporaine. En novembre 1992, il constatait ainsi : « Si l’on a beaucoup parlé de ces créateurs de mondes que sont parfois les chorégraphes, on s’est en revanche trop peu intéressés à ceux qui, par leurs efforts quotidiens et souvent discrets, ont contribué à peupler de figures singulières l’imaginaire des scènes de danse. » (P. Bossatti, « Une aventure singulière », Cahiers du renard, n° 11-12, novembre 1992).

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