Santé et geste artistique

Jean-Christophe Paré
Directeur des études chorégraphiques du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP)

« Je propose une réflexion ouverte, à la croisée de mes souvenirs d’artiste, d’observateur placé au cœur des apprentissages de la danse et de responsable de projet pédagogique aujourd’hui au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP).
Paroles relatives à l’attention qu’un danseur peut porter au corps, à son propre corps. Questions qui ne trouvent leurs réponses qu’au cœur de la pratique. Où s’origine la préoccupation de faire mieux, la curiosité d’en savoir plus sur la maîtrise du mouvement ? Pourquoi rechercher une compréhension plus objective des mobilités du corps ? Jusqu’où nourrir le désir de se mettre au service de l’expressivité d’un chorégraphe ? Comment entretenir le besoin, la nécessité d’être en acte, le sentiment d’urgence ? Pourquoi tenter de prendre un risque ou chercher à se préserver ?
Être attentif, être à l’écoute de soi, participe d’une organisation spécifique du danseur à l’endroit où, tout en se « dépensant » physiquement, il se révèle à lui-même comme pensant son geste en tant que texte. Tout texte est un long cheminement où interagissent en permanence, désirs et peurs, choix et obligations, espaces de liberté et de contrainte, arbitraire et logique,
jeux avec l’imprévu et inventions de systèmes d’écriture et surtout, incessante remise en acte et en corps.
Cette textualité à l’œuvre, ce geste toujours en devenir, est le voyage de l’artiste. Son vécu est le déplacement sans fin dans l’interprétation. Parcours où se découvrent les clés des négociations toujours risquées avec l’effort, l’énergie à dépenser, les limites à ne pas dépasser, où l’on rencontre aussi le ressourcement, l’incorporation, l’appropriation, la régénération, où ce qui a été consumé, nourrit en retour. »test