Transmissions

SI rien ne se transmet précisément, un savoir essentiel se passe en dehors de toute décomposition analytique, à travers l’épreuve d’une série de «  bains  » que le danseur peut soit subir, soit au contraire filtrer. Au sein du corps de ballet, le savoir et la mémoire d’une pièce varient donc selon les places que chacun occupe et sa façon de les occuper. Dans ce contexte, l’activité des «  anciens  » qui prennent (ou non) en charge la formation des plus jeunes est décisive.

Nombreux sont les témoignages de ces moments où quelque chose passe et se passe dans le travail sur une variation, où l’ancien aide le nouveau à s’autoriser à explorer un contenu gestuel, hors du cadre «  traditionnel  » de maîtrise ou de soumission au mouvement de la tradition. Des relations propres à chaque moment, à la nature du rôle, des pas, de la musique, à la personnalité des solistes s’inventent dans le travail, et l’idéologie de l’«  œuvre  » s’y impose difficilement tout comme celles du corps comme lieu de mémoire, de la mémoire comme lignée, de la tradition comme vérité. Aussi la transmission d’un geste technique est-elle d’abord une façon d’opérer des liens et des liens de confiance.

Verbatim JC Paré “Ce jeu de transmission informel” p. 168 : “Ce qui n’était pas transmis par les maîtres de ballet passait alors par la relation aux anciens”. Voir aussi ses propos p. 164 : “la transmission se fait essentiellement par imprégnation du comportement des danseurs”

Vidéo MPB / Delouche, série « Une étoile pour l’exemple ». (à voir si on utilise cette ressource)
Dans laquelle une étoile en fin de carrière choisit l’un de ses rôles de prédilection qu’elle transmet à la plus jeune génération. Extrait Numeridanse : Yvette Chauviré revit La Mort du cygne pour la future étoile du Ballet de l’Opéra national de Paris Dominique Khalfouni. = https://www.numeridanse.tv/videothe...

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La vidéo (dans Transmissions)

Avec l’utilisation généralisée de l’outil vidéo, apparu au début des années 1980, la mémoire des œuvres se trouve de fait moins prise en charge par une communauté, elle s’appuie et privilégie cette source au départ du travail de reprise. Son usage accentue le travail souvent solitaire lié au «  déchiffrage  » des captations. Face à son petit écran d’ordinateur ou de télévision, seul ou à deux, debout dans le studio, le danseur exécute le mouvement en copiant le plus exactement possible ce qu’il voit à l’écran. Si deux sources donnent des informations différentes, il se doit de solliciter l’avis d’un soliste qui a déjà interprété le rôle pour recueillir «  la version officielle  » validée par le consensus au sein de la Maison. Par ailleurs, les candidats au concours complètent leur apprentissage, en deux à trois séances individuelles, auprès des solistes qui ont une connaissance du rôle.

Opérer des liens, les conteuses (Matière à exploiter éventuellement/synthétiser)

En 2004, la danseuse Clairemarie Osta témoigne ainsi du travail «  magique  », à l’Opéra de Paris, avec celles qu’elle appelle les «  conteuses  », à savoir les danseuses qui savent «  raconter  » un rôle en tissant leurs gestes avec leurs mots  : «  C’est la part la plus intéressante dans le travail du soliste […], c’est une relation très intime. Il ne s’agit pas de copier précisément ce qu’elles ont fait mais de comprendre ce qu’elles sentent. Cela passe beaucoup par des mots qui disent ce qu’elles ressentent plus que par une définition claire du mouvement, géométrique et académique. Ce sont plutôt des conteuses qui me racontent une histoire et ce qu’elles ressentent […], je réinterprète en fonction de ce que j’ai compris de ce qu’elles ont essayé de me dire8.  » Osta nomme ici, à sa façon, une part de la dynamique essentielle du conteur.

On peut ici évoquer l’exemple d’Yvette Chauviré transmettant à Florence Clerc la scène de la folie de Giselle, ballet qu’elle a dansé plus de trois cents fois durant sa carrière avec de nombreux partenaires (Lifar, Erik Bruhn, Noureev, Atanassoff), ballet avec lequel elle fit ses adieux à la scène en 1972. Derrière Florence Clerc, qu’elle suit littéralement comme son ombre, elle souffle, à chaque pas de la danseuse, son récit imaginaire, l’accompagnant de ses mots, l’encourageant, chantant parfois les comptes.