Lettres du jour

Sélection de lettres et autographes présents dans la donation Gilberte Cournand.

Libraire, galeriste, journaliste et critique, Gilberte Cournand a consacré sa vie à la danse. En témoigne son impressionnante collection personnelle dont elle a fait don au Centre national de la danse, et dont font partie les lettres et autographes de personnalités de la danse présentés ici.
Ce choix de courriers tantôt anecdotiques, tantôt riches d’informations personnelles ou professionnelles, est représentatif de la série d’autographes transmise par la donatrice qui couvre une période allant de la Révolution française aux années 1950. Chaque document est accompagné d’une proposition de mise en perspective, un "pendant ce temps-là" indicatif qui évoque le contexte historique général de chaque lettre.

Lettre d’Olga Spessivtseva à Léandre Vaillat, 26 juillet 1931

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Pendant ce temps-là : La Troisième République est instable. Le 22 janvier, après la démission du gouvernement Théodore Steeg, s’est installé le premier gouvernement Pierre Laval qui sera prolongé après le 13 juin, jour de l’investiture de Paul Doumer, nouveau président de la République élu le 13 mai 1931 qui sera assassiné moins d’un an plus tard. Cependant, bien que touchée par la crise économique mondiale, la France vante, de mai à novembre 1931, dans son Exposition coloniale internationale installée à la porte Dorée et au bois de Vincennes, les produits et réalisations de ses colonies et dépendances d’outre-mer. Huit millions de visiteurs viennent y accomplir un « tour du monde en un jour » selon le slogan de l’époque.

Lettre de Loïe Fuller, 8 décembre 1922

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Pendant ce temps-là : Le 4 décembre 1922 est né Gérard Philippe, le lendemain le futur industriel Francis Bouygues et le 8 décembre le peintre Lucian Freud. Le 30, cinq ans après le coup d’État des bolcheviques (Révolution d’Octobre), est fondée l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), dont le nom, sans référence géographique, veut témoigner de la vocation du marxisme-léninisme à s’étendre à toute l’humanité et à abolir les vieilles nations.

Lettre d’Alexandre Benoit à Misia Sert, 16 mai 1918

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Pendant ce temps-là : Début mars les Alliés ont perdu un front avec la sortie du conflit mondial de la jeune république russe bolchevique, laquelle a signé avec l’Empire allemand le traité de Brest-Litovsk. Les Allemands profitent de cette défection pour envoyer d’importants renforts sur le front Ouest, visant une victoire rapide avant l’arrivée effective des Américains. C’est le « retour de la guerre de mouvement ». Entre la fin mars et le début du mois d’avril 1918, 500 000 Parisiens (sur une population de trois millions) partent en exode et on commence à envisager une défaite. Ce jeudi 16 mai est marqué par de violents bombardements en Picardie. Malgré les échecs qu’il enregistre, l’ennemi persiste à mener des coups de main et tente de briser les lignes défensives britanniques et françaises. La guerre n’est pas finie.

Lettre de Loïe Fuller. Paris, 30 janvier 1915

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Lettre de Gladys Ripon à [Misia] Edwards [Madame J. M. Sert]. Londres, ca 1914

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Billet de Léon Bakst, ca 1910

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Pendant ce temps-là : L’année 1910 a commencé par une grande crue de la Seine, souvent qualifiée depuis de crue centennale, dont on craint toujours la réplique. La Seine a atteint son niveau maximal à Paris le 28 janvier, avec 8,62 mètres sur l’échelle du pont d’Austerlitz. Mais la crue affecte de nombreux quartiers de la capitale et des autres villes riveraines du fleuve bien avant et après cette date. La montée des eaux s’est faite en une dizaine de jours ; la décrue en prendra 35. Les députés, donnant l’exemple d’une reprise du travail, se rendent à l’Assemblée nationale en barque. Le 18 mai 1910, autre évènement naturel fameux, la comète de Halley est de retour. Lors de ce nouveau passage, on pense que la Terre va traverser la queue de la comète et certains croient qu’approche la fin du monde.

Lettre de Georges Wague à Jacques-Gabriel Prod’homme, chroniqueur à Comoedia, à propos du syndicaliste Émile Pataud, 25 juin 1909

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Pendant ce temps-là : Il y a deux semaines, le 11 juin 1909, à 21h14, a eu lieu le séisme le plus catastrophique qu’ait connu la France depuis celui de Roquebillière le 20 juillet 1564. Ce tremblement de terre de magnitude 6,2 sur l’échelle de Richter s’est produit autour de Marseille, Aix-en-Provence et Montpellier. Plusieurs villages ont été ravagés, des quartiers de Salon-de-Provence se sont effondrés, et la secousse a été ressentie de Gênes à Perpignan.
Hier, le 24 juin, dans l’Illinois, est née Katherine Dunham.
Dans un mois tout juste, le 25 juillet, aura lieu la première traversée aérienne de la Manche. Après 32 échecs en deux ans qui lui ont valu le surnom de « roi de la casse », Louis Blériot va enfin réussir et relier en 27 minutes Calais à Douvres.

Lettre de Isadora Duncan à l’acteur Jean Coquelin, ca 1908

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Pendant ce temps-là : Parmi les nouveau-nés de 1908, de Salvador Allende à Sœur Emmanuelle, en passant par Françoise Dolto, nombreux sont ceux qui marqueront leur siècle. Au milieu de tant d’autres, et pour ne parler que des artistes et écrivains, on peut citer aussi, par ordre de naissance : Simone de Beauvoir, Stéphane Grappelli, Tex Avery, Balthus, Anna Magnani, Maurice Merleau-Ponty, Herbert von Karajan, Victor Vasarely, Ray Ventura, James Stewart, Ian Fleming, Maria Elena Vieira da Silva, Birgit Cullberg, Henri Cartier-Bresson, Robert Merle, Leonor Fini, Cesare Pavese, David Oïstrakh, Claude Lévi-Strauss, Olivier Messiaen et Manoel de Oliveira !

Lettre de Pierre Louÿs à Gaston Capon, 6 septembre 1907

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Pendant ce temps-là : Ce 6 septembre 1907 disparait le poète Sully Prudhomme, premier lauréat – en 1901 – du prix Nobel de littérature. Au cinéma, le même jour, sort « Domestique hypnotiseur », un court-métrage muet de Lucien Nonguet dans lequel joue Max Linder : c’est une histoire d’hypnose, d’inversion de rôle entre un domestique et son maître et de mariage ruiné. Mais le 8 septembre, chose autrement sérieuse, c’est la parution de l’encyclique « Pascendi Dominici gregis » du pape Pie X, réaction disciplinaire et doctrinale sévère à l’encontre des « modernistes ». Ces prêtres ou laïques, « imprégnés jusqu’aux moëlles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique », qui « se posent (…) comme rénovateurs de l’Église », sont notamment accusés d’« abaisser » la personne du Christ « par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité ». Il faudra attendre 1962 et le concile Vatican II pour qu’ils soient enfin entendus.

Lettre de Paul Franck à l’écrivain et critique Serge Basset, 17 juin 1907

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Pendant ce temps-là : Ce 17 juin 1907, l’Aurore titre : « La Douma gênait le Tsar / Il l’a supprimée ». De fait, la veille, la « Douma d’État de l’Empire russe », assemblée législative instaurée après la Révolution de 1905, est dissoute par Nicolas II. Le Tsar instaure une nouvelle loi électorale qui met fin aux espoirs du peuple de se voir bien représentés. La voix d’un grand propriétaire foncier vaudra désormais 7 voix citadines, 30 voix paysannes et 60 voix ouvrières. C’en est fini de la première Révolution russe.
En France, culmine la révolte des vignerons du Languedoc, aussi appelée « révolte des gueux ». Ce vaste mouvement de manifestations qui résulte de la grave crise viticole qui dure depuis plusieurs années, sera bientôt réprimé par le cabinet Clemenceau, malgré la fraternisation à Béziers, le 18 juin 1907, des soldats du 17e régiment d’infanterie de ligne qui refusent de tirer sur les manifestants.

Lettre de Emma Sandrini, 19 mars 1906

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Pendant ce temps-là : Le 10 mars a eu lieu une dramatique explosion dans une mine de charbon de Courrières, près de Lens. Ce qui restera comme la catastrophe minière la plus meurtrière d’Europe a provoqué la mort de 1.100 mineurs, dont un tiers de moins de 18 ans, parmi les 1.800 descendus ce matin-là. L’émotion est vive dans le monde entier et la catastrophe de Courrières fait la Une des journaux pendant plusieurs jours, suscitant un élan de compassion et de générosité. Après ce drame sans précédent, un violent mouvement social va éclater dans les mines, et l’État édictera des règles de sécurité plus strictes : interdiction des puits simples et des lampes à feu nu, obligation de disposer d’appareils de sauvetage et de former des sauveteurs.

Lettre de Jane Avril au journaliste Georges Montorgueil, ca 1892

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Pendant ce temps-là : C’est le début de la « Belle Époque » ! Reconfigurée par Haussmann, sublimée par l’électricité, la « Ville Lumière » devient la scène urbaine où se déploient aussi bien les découvertes scientifiques, l’optimisme et la certitude du progrès, que les scandales de l’art et les tensions sociales. Bientôt l’affaire Dreyfus va venir bouleverser et diviser profondément la société française. Mais, à Paris, en 1892, règnent encore les « cafés-concerts », que ne concurrence pas encore le cinéma. Dans ces lieux du « sans-gêne », que d’aucuns jugent pourtant « toniques pour la vie moderne », règnent de vraies vedettes qui vont inspirer peintres et littérateurs. « Premier Palais des Femmes », fort différent de la trentaine de moulins à vents que connut la butte Montmartre, le Moulin-Rouge attire un public mélangé venu s’encanailler et se régaler d’une danse inspirée du quadrille, le French Cancan.

Lettre de Milia Lans, 30 novembre 1889

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Pendant ce temps-là : Le 6 de ce mois de novembre 1889, c’est la clôture de l’exposition universelle de Paris, inaugurée le 6 mai, qui a célèbré le centenaire de la Révolution française et présenté, comme œuvre maîtresse, la « Tour métallique » construite par Gustave Eiffel. Cette Tour Eiffel, alors le plus haut édifice au monde (303 m) et premier monument dont la visite est payante, va devenir l’un des emblèmes de Paris et de la France. Le 6 octobre, autre ouverture : celle du cabaret le Moulin-Rouge, fondé en 1889 par Joseph Oller et Charles Zidler.

Lettre de Carlotta Grisi à Théophile Gautier, ca 1870

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Pendant ce temps-là : Les événements de 1870-1871 (la guerre franco-allemande, la naissance de la Troisième République, la fondation de l’Empire allemand et la Commune de Paris) vont être pour la Suisse aussi – où est désormais installée Carlotta Grisi – un tournant historique. Selon l’historien E. Gruner, pour les Suisses, il apparaît d’abord comme un devoir d’autodéfense de se laisser guider dans leur choix moins par le critère du succès militaire que par leur attirance pour la constitution républicaine, apparentée, de la France vaincue. Ce seront ombres de la politique intérieure française : la guerre civile, la ruine de l’autorité gouvernementale et de tout l’édifice de l’ordre social et constitutionnel qui tourneront progressivement l’opinion publique vers la Prusse et le nouveau parti du Reich.

Lettre de Louis Merante, 8 avril 1860

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Pendant ce temps-là : Le traité de Turin, le 24 mars, a donné le duché de Savoie et le comté de Nice à la France, sous réserve d’un référendum. Les populations concernées se prononceront les 15 et 16 avril 1860 à 99,38% pour le rattachement à la France du Comté de Nice et les 15 et 16 avril 1860, à 99,82% pour celui du duché de Savoie

Lettre de Marie Taglioni au Directeur de l’Opéra [Léon Pillet], 30 octobre 1843

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Pendant ce temps-là : Le 20 octobre 1843, une expérience d’éclairage public à l’électricité a lieu 8 juillet 1835, place de la Concorde, à Paris. Le 23, Karl Marx et sa femme s’installent dans la capitale. Le 5 novembre, la France annexe l’île de Tahiti.

Lettre de Pierre Gardel au Duc [de la Rochefoucauld], 17 octobre 1835

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Pendant ce temps-là : Le 28 juillet 1835, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution de Juillet, Louis-Philippe doit passer en revue la Garde nationale sur les grands boulevards. À la hauteur du no 50 du boulevard du Temple, une « machine infernale » placée sur l’appui de la fenêtre d’une maison explose. Miraculeusement, le roi n’a qu’une éraflure au front, mais cet attentat dit de Fieschi (du nom d’un de ses auteurs) fait plusieurs morts dont le maréchal Mortier, et achève de déconsidérer les républicains dont l‘image est alors très dégradée. Giuseppe Fieschi et ses deux complices seront condamnés à mort et guillotinés le 19 février 1836.

Lettre de Jean Coralli à Achille [Valièrre], 1er décembre 1831

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Pendant ce temps-là : Depuis le 21 novembre, Lyon, la deuxième ville de France, est aux mains des Canuts. En 1831, en effet, la conjoncture économique est morose et pèse sur la demande de soieries, la faiblesse de l’activité entraînant les salaires des ouvriers à la baisse et provoquant leur colère. C’est le début de l’une des grandes insurrections sociales du début de l’ère de la grande industrie, qui connaîtra d’autres épisodes en 1834 et 1848.

Lettre du dessinateur de costumes Auguste Garnerey à Monsieur Gardel, ca 1820

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Pendant ce temps-là : À la suite de l’assassinat du duc de Berry à la sortie de l’opéra de la rue de Richelieu, le 13 février 1820, Louis XVIII ordonne la démolition du bâtiment, et Paris se trouve sans opéra. Décision est alors prise de construire rapidement une salle « provisoire ». Le Peletier, terminé dès août 1821, sera en activité… jusqu’en 28 octobre 1873, quand il sera lui-même détruit par un incendie.

Lettre de Pierre Gardel, 12 vendémiaire an 8 [4 octobre 1799]

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Pendant ce temps-là : Bonaparte s’apprête à regagner Paris où il va, le 9 novembre 1799 renverser le Directoire, prendre le pouvoir et se nommer Premier Consul : c’est le Coup d’État du 18 brumaire.

Lettre d’Auguste Vestris à M. de Laferté, 28 janvier 1817, apostillée sans signature

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Pendant ce temps-là : Bien que les années 1816 et 1817 aient été particulièrement troublées par une crise de l’approvisionnement en blé et des révoltes nécessitant l’intervention de l’armée, cette période du début de la Seconde Restauration, qui voit le retour au pouvoir des Bourbons, permet l’adoption de grandes lois libérales. Mais cette période libérale va connaître une fin brutale en 1820, quand les tensions avec les « ultraroyalistes » vont se renforcer.

Lettre de Pierre Gardel au Citoyen Arnault, 24 Prairial an 9 [13 juin 1801]

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Pendant ce temps-là  : le 27 juin 1801, le général Belliard capitule au Caire et les troupes révolutionnaires doivent abandonner l’Égypte, après une longue campagne menée par Bonaparte et ses successeurs depuis 1798 destinée à bloquer la route des Indes à la Grande-Bretagne, qui continuait à combattre la France révolutionnaire.

Lettre de Jean Dauberval au citoyen Constand. Bordeaux, 10 nivôse an 9 [31 décembre 1800]

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Pendant ce temps-là : Le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800), à 20 heures, voit l’échec d’un nouveau complot des Chouans, l’attentat de la rue Nicaise, également désigné comme « conspiration de la machine infernale », visant à assassiner Napoléon Bonaparte, Premier Consul de France depuis le coup d’État du 18 brumaire.

Lettre de M. Pons à M. Victor, avec ajout d’une recommandation de Vestris à l’attention de Monsieur Perregaux, 1796

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Pendant ce temps-là : un arrêté du Directoire du 8 janvier 1796 (18 nivôse an IV) interdit aux orchestres des théâtres de jouer Le Réveil du peuple et leur ordonne d’interpréter Ça ira, La Marseillaise, Le Chant du départ et Veillons au salut de l’Empire.

Lettre de Gaëtan Vestris aux « Citoyens représentants », 19 Floréal an 2 [8 mai 1794].

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Pendant ce temps-là : Ce 8 mai 1794, à la suite de leur procès, vingt-sept fermiers généraux sont guillotinés, dont le chimiste Antoine Lavoisier. De mars 1793 à août 1794, la Terreur aura fait 16 594 victimes pour 500 000 arrestations.

Lettre de Jean Georges Noverre au banquier et mécène Jean Frédéric Perregaux, 17 décembre 1792

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Pendant ce temps-là : depuis le 10 décembre 1792 se tient le procès du roi Louis XVI qui sera guillotiné le 21 janvier 1793 à 10 h 22.