Lycette Darsonval


Vidéo à la une
Lycette Darsonval, une "vie sur les pointes"

A l’occasion du centenaire de la naissance de Lycette Darsonval (1912-1996), la médiathèque vous invite à re-découvrir cette danseuse de talent, qui incarna la danse française des années 1940-50, et qui fut à l’origine de la passion que Gilberte Cournand, son éternelle amie, voua à cet art ...


[Lycette Darsonval a fait l’objet de nombreux articles à la fois dans la presse spécialisée et les gazettes. Ce montage présente un florilège d’articles issus des collections de la médiathèque. / réalisation Centre national de la danse ; Pantin, 2012]

Née en 1912, Lycette Darsonval est admise à l’école de l’Opéra de Paris à l’âge de douze ans. Après avoir réussi son examen d’engagement au sein du corps de ballet, elle grimpe rapidement les différents échelons. Coryphée, elle est distribuée en 1929 dans « Sylvia » où triomphe Carlotta Zambelli avant de participer aux « Créatures de Prométhée » que vient de monter Serge Lifar en remplacement de George Balanchine. Talentueuse mais d’un tempérament fougueux, elle décide brusquement de quitter l’Opéra et part pour l’Afrique dont elle revient décidée à se consacrer à la danse.

Remportant un éblouissant succès au concours international de 1933, Lycette Darsonval est engagée par Serge Lifar pour être sa partenaire lors d’une tournée qu’il organise aux Etats-Unis. Formée entre temps au répertoire russe auprès de Mme Egorova et acquérant une solide technique des pointes auprès de professeurs parisiens renommés, elle réintègre l’Opéra de Paris où elle est promue première danseuse à l’automne 1936. Elle s’impose lors du concours ouvert pour désigner la future interprète de Giselle - après le départ d’Olga Spessivtseva - qu’elle incarne pour la première fois le 17 juin 1936. Si ce rôle conservera sa prédilection, sa carrière sera plus particulièrement marquée par son interprétation du rôle de Sylvia, transmis par Carlotta Zambelli, dont elle donnera une version personnelle en 1979.

Dès son retour, sa carrière à l’Opéra est intimement liée à celle de Serge Lifar dont elle devient l’une des partenaires et des interprètes privilégiées. Elle crée notamment « David triomphant » (1937), « Oriane et le prince d’Amour » (1938), « Joan de Zarissa » (1942), « Suite en blanc » (1943), « Zadig et Lucifer » (1948), « Le Chevalier errant » (1950) et « Variations » (1953). Dans « Phèdre » (1950), elle est d’abord OEnone avant de reprendre le rôle titre créé par Tamara Toumanova. Première héroïne lifarienne, elle se voit ainsi offrir en 1938 un rôle dramatique et passionné dans « Oriane et le prince d’amour », lui valant d’être nommée « danseuse étoile » le 1er janvier 1940, distinction qu’elle est la première (avec Solange Schwarz) à recevoir officiellement à l’Opéra de Paris.

Lycette est également amenée à danser des ballets de différents chorégraphes qui travaillent pour la troupe, soit lors de créations d’Albert Aveline (« Elvire », 1937 ; « La Grande Jatte », 1950 ; « La Tragédie de Salomé », 1954) et George Balanchine (« Le Palais de cristal », 1947), soit pour la reprise ou l’entrée d’oeuvres au répertoire : « Sylvia » (versions de Serge Lifar, 1941 et d’Albert Aveline, 1946) ; « Les Deux pigeons » (Albert Aveline, 1942), « Coppélia » (Aveline, 1944) ; « Le Lac des cygnes » (acte II Gsovski, 1947) et le pas de deux du « Cygne noir » (Petipa, 1951) ; « Casse-Noisette » (acte II, Jean-Jacques Etcheverry, 1947) ; « Le Pas de quatre » (1959, Sir Anton Dolin) où elle incarne Taglioni.

Si Lycette Darsonval se découvre très tôt un goût pour la chorégraphie et réussit à faire entrer deux de ses ballets au répertoire de l’Opéra (« La Nuit vénitienne » en 1939 et « Combat » en 1957-1958), c’est surtout à l’occasion de galas et pour nourrir les programmes de la petite compagnie qu’elle anime en dehors de l’institution qu’elle se lance dans la chorégraphie. Elle signe ainsi une quinzaine de créations dont elle est généralement la principale interprète, entourée d’excellents partenaires (Alexandre Kalioujni, Serge Peretti, Michel Renault, Henry Danton, Gérard Ohn et Milorad Miskovitch), alternant les pièces sans intrigue - où seule compte la beauté de la danse néoclassique fortement influencée par Serge Lifar - avec des oeuvres narratives ou encore des ballets d’atmosphère symbolique. Mais l’essentiel de ses créations est destiné à illustrer un programme particulier, intitulé « Trois siècles de danse à l’Opéra de Paris » qu’elle aménage au fil du temps et en fonction des effectifs de sa compagnie. De 1941 à 1967, elle y retrace ainsi les principales étapes de l’histoire du ballet français. Elle conclut sa carrière de « choréauteur », en montant en 1979 une version intégrale de « Sylvia » pour l’Opéra de Paris reprise l’année suivante par le Ballet central de Pékin.

Au fil des années, Lycette Darsonval s’impose - tant sur la scène parisienne que lors des nombreuses tournées effectuées alors par la compagnie en Amérique du sud, en Espagne, au Portugal, au Danemark, au Japon - comme l’une des plus brillantes représentantes de l’école française. Dès le début, puis tout au long de sa carrière, les critiques qui rendent compte de ses prestations soulignent unanimement la sûreté magistrale et la prestesse de sa danse dans laquelle elle enchaîne avec une incroyable désinvolture tours, équilibres sur pointes et autres mouvements d’une grande difficulté. Cependant, pour elle la technique n’est qu’un instrument qui doit être mis au service de l’expressivité. « Interpréter c’est recréer, c’est animer d’une émotion propre, personnelle celle qui vous est étrangère, la faire vôtre et par là, la faire partager au spectateur » ne cesse-t-elle d’affirmer comme un credo. Virtuose, Lycette Darsonval s’impose dans les variations les plus difficiles. Ainsi, lorsque Serge Lifar décide de présenter dans sa « Suite en blanc », une anthologie de sa conception de la danse néoclassique, il trouve en elle une interprète idéale pour les séquences de la sérénade (solo), du presto (pas de cinq) et du final où elle a la charge d’exécuter l’éclatante série des 32 fouettés. Dans « Le Palais de cristal » en 1947, ballet conçu à l’attention des étoiles de l’Opéra de Paris, George Balanchine l’associe à l’étincelant premier mouvement, où sa fougue fait recette dans l’allegro vivace qu’elle danse avec Alexandre Kalioujni. Le répertoire de Marius Petipa et ses compositions chorégraphiques d’une haute technicité, alors encore peu dansé à l’Opéra de Paris, semble lui être destiné. Lycette Darsonval est ainsi la première danseuse française à se produire dans « Le Cygne noir ». Donné comme une pièce autonome, détaché de son contexte, le pas de deux de l’acte III du « Lac des cygnes » entre au répertoire de l’Opéra comique en janvier 1951. Elle s’y confronte ainsi avec succès aux ballerines étrangères qui se sont déjà distinguées dans ce rôle, Rosella Hightower et Alicia Alonso plus particulièrement.

Lycette Darsonval fait ses adieux officiels à la troupe le 17 décembre 1959. Quitter la scène est une étape douloureuse dans la vie de Lycette Darsonval. L’enseignement, la chorégraphie, la participation à des jurys de concours internationaux (dont celui de Varna en 1978), la présentation de conférences, la fréquentation de la Librairie-Galerie de Gilberte Cournand dont elle est depuis longtemps l’amie lui permettent cependant de rester en contact avec le milieu. « La danse a été mon sacerdoce. Je n’ai vraiment vécu que pour elle » avoue-t-elle en conclusion du livre de ses souvenirs publié en 1988. Rongée par une polyarthrite qui la fait terriblement souffrir, elle meurt à Saint-Lô le 1er novembre 1996.

D’après Nathalie Lecomte (2003)

Voir aussi


"Sylvia" : documents et archives

Maquettes de "Sylvia" par Eugène Lacoste

Eugène Lacoste (1818-1907) collabore pour la première fois à la réalisation de costumes pour l’Opéra de Paris en 1876. Il s’impose immédiatement à l’exclusion de tout autre et est amené à dessiner les costumes des ballets chorégraphiés par Louis Mérante ("Sylvia" en 1876, "Le Fandango" en 1877, "Yedda" en 1880, "La Korrigane" en 1880, "La Farandole" en 1883) et par Lucien Petipa ("Namouna" en 1882).
Soucieux « de ramener au théâtre la vérité des costumes », il se livre pour chacune de ses réalisations à de longues recherches en bibliothèque et dans les musées. En évoquant au plus près l’antiquité classique dans "Sylvia" ou le Japon dans "Yedda", Eugène Lacoste joue magistralement la carte du pittoresque et ses costumes contribuent pour une large part au succès remporté à l’époque par ces ballets.
[Présentation par Nathalie Lecomte]

Consulter cette ressource

Lycette Darsonval : une incarnation idéale de "Sylvia"

A l’occasion du centenaire de la naissance de Lycette Darsonval, la médiathèque présente en salle de lecture, de septembre à décembre 2012, des documents d’archives sur cette grande danseuse. Ces documents proviennent de la donation de Gilberte Cournand qui fut à l’origine des collections historiques de la médiathèque.
Cette présentation s’articule en trois parties. La première tisse le lien entre la carrière de Lycette Darsonval et le ballet "Sylvia" dont elle incarna longtemps le rôle-titre à l’Opéra de Paris et dont elle chorégraphia une version dans ce même lieu en 1979.
La seconde dévoile la relation profonde qui l’unissait à Gilberte Cournand. En effet, ce fut la rencontre avec Lycette Darsonval qui suscita chez Gilberte Cournand sa vocation pour la danse. Elle ouvrit une librairie-galerie intitulée "La Danse" et devint critique dans la presse généraliste et spécialisée. Les documents présentés font découvrir le regard que portait l’amie et la journaliste sur la danseuse étoile ainsi que l’amitié qui les unissait.
Enfin une dernière partie évoque en images la jeunesse, la formation, la vie à l’Opéra de Paris et les grands rôles de la danseuse.

Consulter cette ressource

Lycette Darsonval note "Sylvia"

Lycette Darsonval, qui incarna, en son temps, le rôle-titre de "Sylvia", est sollicitée en 1979 par l’Opéra de Paris pour chorégraphier une nouvelle production du ballet dans une scénographie renouvelée.
A cette occasion, Lycette Darsonval remplit deux cahiers de notes de chorégraphie, alternant dessins schématisant les déplacements des danseurs et texte décrivant l’action et les pas. L’extrait présenté ici décrit le début de l’acte II, où Sylvia, prisonnière du chasseur Orion qui tente d’abuser d’elle, l’enivre pour échapper à ses assiduités.
Cette version fut créée le 16 novembre 1979 avec dans le rôle-titre et en alternance : Noëlla Pontois, Wilfride Piollet, Florence Clerc et Nanon Thibon. Lycette Darsonval remonta cette version l’année suivante en Chine avec le Ballet central de Pékin.

Consulter cette ressource

Livret de "Sylvia" (Version de Louis Mérante, 1876)

Ecrit par Jules Barbier et le baron de Reinach, le livret-programme du ballet d’origine connut deux impressions. La première ne fut pas mise en vente, à la suite d’une réclamation de Rita Sangalli. La ballerine vedette du spectacle se plaignit en effet que les rôles masculins soient mentionnés avant les rôles féminins. Rita Sangalli obtint gain de cause et la deuxième impression put être normalement diffusée. Curieusement, alors que le découpage du ballet comporte effectivement bien dans les pages de cette édition trois actes et cinq tableaux, sa page de titre annonce un « ballet en deux actes et quatre tableaux ». En outre, Jules Barbier s’y voit seul accréditer la signature du livret dont l’idée revenait pourtant au baron de Reinach. [Voir "Sylvia par Louis Mérante" par Nathalie Lecomte]

Consulter cette ressource

Entretien avec Wildride Piollet à propos de Lycette Darsonval

En 1979, Wilfride Piollet a rencontré Lycette Darsonval qui lui a transmis le rôle de "Sylvia" à l’Opéra de Paris. Extrait vidéo de l’ "Entretien avec Wildride Piollet : autour de "Sylvia" de Lycette Darsonval" / réalisation Centre national de la danse ; Entretien conduit par Nathalie Lecomte - Pantin : Centre national de la danse, 2003.

Entretien avec Wildride Piollet à propos de "Sylvia" (1979)

Wilfride Piollet a repris le rôle de Sylvia que lui a transmis Lycette Darsonval en 1979 à l’Opéra de Paris. Extrait vidéo de l’ "Entretien avec Wildride Piollet : autour de "Sylvia" de Lycette Darsonval" / réalisation Centre national de la danse ; Entretien conduit par Nathalie Lecomte - Pantin : Centre national de la danse, 2003.


Voir sur le net

Lycette Darsonval et Michel Renault dans "Sylvia"

Interprètes : Lycette Darsonval et Michel Renault
Source : l’Institut national de l’audiovisuel.

Voir sur le site de l’INA

Consulter cette ressource

Sérénade, extrait de "Suite en blanc"

Chorégraphie Serge Lifar, Musique E. Lalo
Lycette Darsonval créa cette variation en 1943.
Interprète : Mathilde Froustey de l’Opéra de Paris,
Opéra national de Tokyo, 2007.
Source : You tube

Consulter cette ressource


Repères sur 


En 1941, Lycette Darsonval imagine de présenter un spectacle retraçant quelques-unes des étapes marquantes de l’évolution du ballet classique, à travers l’évocation de figures d’interprètes emblématiques ...

Voir le texte intégral


Première pièce chorégraphiée par Lycette Darsonval qui en incarne le principal rôle féminin, « La Nuit vénitienne » est créée et représentée lors de galas où la ballerine se produit en vedette. La ballet est ...

Voir le texte intégral


« Combat » est créé lors d’une tournée de la compagnie de Lycette Darsonval à Genève, dans le cadre d’un programme intitulé « Les ballets classiques à l’Opéra », variante de « Trois Siècles de danse à ...

Voir le texte intégral


Créé le 14 juin 1876 dans la nouvelle salle de Charles Garnier, le ballet « Sylvia », signé par Louis Mérante, est représenté 51 fois jusqu’en juillet 1884. Le 15 octobre 1881, l’acte I y est donné en ...

Voir le texte intégral


Le librettiste Jules Barbier trouve son sujet dans l’oeuvre du poète Torquato Tasse, dit Le Tasse. Celui-ci emprunte à la mythologie classique antique le personnage de la chasseresse Sylvia, qu’il ...

Voir le texte intégral


Né à Paris le 11 février 1818, Eugène Lacoste est formé au dessin et à la peinture par Léon Cogniet et Nicolas Gosse. Il parfait son apprentissage au sein de l’atelier des décorateurs de théâtre ...

Voir le texte intégral


Clément Philibert Léo Delibes (1836-1891), compositeur sous le second Empire, fut le contemporain de Berlioz, Wagner, Bizet, Offenbach, Adam... L’essentiel de son oeuvre est axé sur trois genres qui ...

Voir le texte intégral


Née en Italie à Antegnate le 20 août 1849, Rita Sangalli est formée à l’école de la Scala, à Milan par Auguste Hus. Elle fait ses débuts dans ce théâtre en 1862, mais c’est à l’étranger qu’elle poursuit ...

Voir le texte intégral


Née à Paris le 18 juillet 1870, Louise-Joséphine Van Goethem est la troisième fille d’un tailleur et d’une blanchisseuse d’origine bruxelloise. Ses soeurs aînées la précèdent à l’Opéra de Paris : ...

Voir le texte intégral


L’anacréontisme recouvre toute oeuvre conçue à la manière et dans le goût des « Odes » du poète lyrique grec Anacréon (seconde moitié du VIe siècle avant J.-C.), dans lesquelles il chante les plaisirs du ...

Voir le texte intégral